Comment créer un interieur ressourçant comme en vacances ?
Au moment où je vous écris, je rentre de vacances profondément ressourcée. Et pourtant, rien ne s’est passé comme prévu. Une panne de voiture à Ravenne nous a cloués sur place alors que nous avions prévu de poursuivre notre périple italien vers Venise puis le lac de Côme. Notre itinéraire est tombé à l’eau, et avec lui tout ce que j’avais soigneusement organisé.
Sur le moment, j’ai surtout ressenti l’angoisse du vide. Nous ne pouvions plus bouger et je voyais devant moi plusieurs journées sans programme particulier.
Puis, contrainte malgré moi, j’ai ralenti.
Les journées se sont succédé, assez semblables, rythmées par peu de choses : se nourrir, dormir, aller à la plage, marcher. Nous étions dans un camping simple, au milieu d’une pinède, avec la mer à quelques minutes et finalement très peu d’affaires autour de nous.
Au lieu du désœuvrement que je redoutais, il s’est passé autre chose : je me suis profondément reposée.
Cette expérience m’a amenée à réfléchir à cette sensation particulière que l’on peut ressentir en vacances, et surtout à une question : qu’est-ce qui nous fait autant de bien et comment notre intérieur pourrait-il nous en offrir une partie au quotidien ?
Pourquoi les vacances nous ressourcent-elles autant ?
On attribue facilement le repos des vacances au fait de ne pas travailler. C’est évidemment essentiel, mais notre environnement change lui aussi profondément.
En camping, cela m’a particulièrement frappée : nous vivions avec très peu de choses.
Quelques vêtements. Le nécessaire pour cuisiner et dormir. Une table. Des chaises. Rien ou presque qui ne soit là sans raison.

Le regard est moins sollicité par tous ces objets qui composent habituellement notre quotidien. Pas de pile de papiers à traiter, de linge qui attend, d’objet posé là « en attendant », de meuble rempli de choses dont nous avons oublié l’existence.
Cette diminution de la charge visuelle change beaucoup la manière dont on ressent l’espace.
Et puis il y avait l’extérieur. La lumière qui évolue au cours de la journée, l’air, les arbres, la mer, le ciel, les sons. Un environnement qui n’était certainement pas dépourvu de stimulations, mais dont les stimulations étaient très différentes de celles du quotidien.
C’est une distinction qui me paraît importante : un intérieur ressourçant n’est pas nécessairement un intérieur vide ou silencieux.

On peut se sentir profondément apaisé au milieu du bruit des vagues, des feuilles qui bougent, d’une ville inconnue ou d’un paysage très coloré.
La question est plutôt de savoir à quoi notre attention est continuellement appelée.
Chez nous, beaucoup d’éléments visibles portent implicitement une action : ranger, réparer, nettoyer, terminer, décider, déplacer.
En vacances, une grande partie de ces rappels disparaît temporairement.
Pourquoi voit-on son intérieur autrement au retour des vacances ?
C’est en rentrant que j’ai fait l’observation qui m’a le plus intéressée.
J’étais vraiment reposée et, en entrant chez moi, j’ai immédiatement vu certaines choses autrement. Certains endroits me sont soudain apparus trop chargés.
J'ai remarqué des objets que je voyais plus avant mon départ, des choses auxquelles je m’étais habituée et que je n'avais désormais plus envie de voir.
J'ai trouvé ce moment extrêmement précieux.
Lorsque nous vivons quotidiennement dans un espace, nous développons nécessairement des habitudes. Nous cessons progressivement de prêter attention à certaines choses, y compris lorsqu’elles nous demandent de petits efforts permanents.
Nous contournons ce meuble qui gêne légèrement le passage.
Nous déplaçons les objets posés sur la table avant de pouvoir l’utiliser.
Nous évitons inconsciemment un fauteuil dans lequel nous ne sommes jamais vraiment bien.
Rien de tout cela n’est suffisamment important pour déclencher immédiatement un changement. Alors nous nous adaptons.
Et lorsque nous avons le nez dans le guidon, nous ne voyons parfois même plus ce qui pourrait rendre notre intérieur plus apaisant.
Après une vraie coupure, cette familiarité est momentanément interrompue.
Nous retrouvons notre maison, mais pas encore tous les automatismes qui vont avec.

Avant de changer quoi que ce soit, observer
Il faut profiter de cette courte période sans chercher immédiatement des solutions.
Observer d’abord. Depuis mon retour, je note ce qui me saute aux yeux et ce que j’aimerais voir évoluer.
Cela peut être très concret :
Pourquoi ai-je immédiatement envie d’enlever ces objets ?
Pourquoi cette pièce me paraît-elle soudain sombre ou trop lisse ?
Où mon regard se repose-t-il réellement ?
Qu’est-ce qui me donne une sensation d’encombrement ?
Y a-t-il un endroit chez moi où je peux simplement m’asseoir sans avoir sous les yeux quelque chose à faire ?
Quels espaces me donnent spontanément envie de rester ? Lesquels ai-je plutôt tendance à traverser ou à éviter ?
Il ne s’agit pas encore de savoir quelle couleur choisir ou quel meuble déplacer.
Il s’agit de retrouver les sensations avant de chercher les solutions.
Identifier ce qui vous a réellement ressourcé pendant les vacances
La deuxième étape consiste à faire le chemin inverse.
Plutôt que de chercher à reproduire l’esthétique du lieu où l’on a passé ses vacances, je trouve plus intéressant de se demander ce que l’on y a ressenti.
Qu’est-ce qui m’a fait du bien ?
Était-ce le fait d’être davantage dehors ?
De voir loin ?
D’avoir peu de choses autour de moi ?
De marcher davantage ?
De sentir l’air circuler ?
D’être entourée de végétation ?
D’avoir des journées moins segmentées ?
De ne pas avoir constamment sous les yeux quelque chose qui me rappelait ce que j’avais à faire ?
Les réponses seront évidemment différentes pour chacun.
Et c’est précisément pour cela qu’elles sont intéressantes.
Un intérieur ressourçant ne correspond pas à une esthétique particulière. Il dépend aussi de notre manière de vivre, de ce qui nous stimule, de ce qui nous fatigue et de ce dont nous avons besoin pour récupérer.
Créer un intérieur ressourçant ne consiste pas à recréer les vacances chez soi.
Il s’agit plutôt de comprendre quelles conditions nous permettent réellement de récupérer, puis de voir comment notre logement peut davantage les soutenir.
On rapporte souvent de vacances des photos, quelques souvenirs et parfois un objet.
Peut-être faudrait-il aussi en rapporter une manière différente d’habiter.

